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Réflexion, Action

Trois pistes pour le redressement du Bénin

De l’Indépendance à la Refondation en passant par la Révolution, le Bénin n’a pas avancé. Voici un triste écho de ce sur-place : ‘‘L’économie allait à vau-l’eau ; les finances publiques, que personne ne gérait, étaient dans un état de délabrement épouvantable. Les fonctionnaires passaient leur temps à revendiquer des augmentations de traitement…’’. Ainsi parle Jacques Foccart du Dahomey de 1965. Stigmatisant les dirigeant dahoméens imposant au pays un ‘‘surréaliste chassé-croisé’’ ou un ‘‘jeu de quilles terrible’’, de Gaulle disait, dépité : ‘‘Après tout, s’ils ne sont pas capables de gouverner, tant pis pour eux’’.


Aujourd’hui, en février 2012, le Bénin a remplacé le Dahomey, il n’y a plus ni ‘‘chassé croisé’’ ni ‘‘jeu de quilles’’, mais la situation semble demeurer en l’état, ‘‘surréaliste’’ et ‘‘terrible’’, et le Dahomey du sur-place semble avoir reculé à l’heure du Bénin de la Refondation, quand la presse internationale préfère nous ignorer, quand nos enfants scolarisés ne vont pratiquement plus à l’école depuis plus d’un mois, quand sur nos marchés les commerçantes font tapisserie comme dans un bal où les cavaliers font défaut, quand un membre du gouvernement nous révèle à un meeting que le Chef de l’Etat est ‘‘un lion blessé’’ et que l’intéressé lui-même nous révèle à un autre meeting qu’il est ‘‘un cabri mort’’. Voilà qui ne saurait remonter le moral des Béninois. Morosité généralisée, mévente sur les marchés, écoles quasiment fermées sont l’expression d’un profond désarroi social. ‘‘Au plus bas de la fosse’’, la société béninoise se doit d’entamer le processus de la remontée.
Remonter, oui, mais comment ? On voudrait indiquer ici trois pistes immédiatement praticables pour peu que l’on aime le Bénin. D’abord revisiter la Conférence nationale de février 1989 pour en re-épouser les fondamentaux. Par exemple, le débat semble depuis quelque temps absent de notre vie politique, ce qui n’est point compatible avec la démocratie. Sous des pressions diverses, nous sommes pratiquement retournés au régime de la pensée unique sous le PRPB, avec l’immobilisme sociétal qui s’ensuit toujours. L’absence de débat n’est jamais synonyme de paix sociale. Certains dirigeants arabes l’ont appris récemment à leurs dépens. Il faut donc restaurer le débat pour que reprenne le mouvement. Ensuite recommencer à bâtir l’unité, qui n’est pas l’uniformité, mais le sentiment fort d’appartenance à une même entité territoriale qui déborde les clans et les castes. Or aujourd’hui au Bénin, pire qu’hier au Dahomey, l’on se dit plutôt membre de telle région, de telle ethnie, voire de telle éminente famille, et l’on n’est pas peu fier de cette singularité, comme en témoigne le pullulement des rois, des roitelets et des parasols. L’on n’est finalement béninois que sur la carte d’identité, pour prétendre à la fonction publique béninoise, à une bourse béninoise ou à un passeport béninois qui vous permet de quitter tranquillement le Bénin. Il faut donc retrouver les matériaux de l’unité dans la diversité pour le vaste chantier de la construction de la nation béninoise. Enfin réapprendre à compter 1 + 1 = 2. En effet, nous avons faussé depuis longtemps les chiffres ; nous comptons allègrement 1 + 1 = 3 quand cela nous arrange ; nous avons remplacé les catégories du bien et du mal par l’unique catégorie de ‘‘ce qui réussit’’ ; et dans le pays Bénin, les fautes ne sont pas punies parce que celui qui a trouvé le ‘‘bon truc’’ par lequel il fait passer pour sien ce qui appartient à l’Etat ou à la société, celui-là n’est pas punissable mais admirable. Or il est évident que ce laisser-tricher ne trouvera grâce aux yeux d’aucun dieu et qu’aucun sursaut de dernier instant ne nous empêchera d’aller collectivement à la catastrophe. C’est donc maintenant qu’il faut rétablir partout l’éthique et la morale.
Interdépendantes, les trois pistes demandent à être pratiquées de façon concomitante. Elles seront pratiquées par le peuple qui aura porté à sa tête un homme de vision aimant le Bénin, entouré de ministres et de conseillers aimant le Bénin. Voilà l’aspiration des Béninois en butte au chômage, à la mévente, aux grèves incessantes, aux écoles fermées ou seulement entrouvertes. Dans le désarroi, les Béninois s’interdisent toute violence. Ils méritent, ne serait-ce que pour cela, un Etat au-dessus de tout soupçon pour une République irréprochable.


Par Roger Gbégnonvi



14/03/2012
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