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Le marché des vrais et faux diplômes

Chronique

Le marché des vrais et faux diplômes

Le phénomène prend des proportions inquiétantes : l’envahissement de nos entreprises, publiques et privées, de faux diplômés. Les Béninois aiment les diplômes. Difficile qu’il puisse en être autrement au « quartier latin de l’Afrique ». Pendant longtemps, les diplômés étaient ce que notre pays avait de mieux à vendre. Ce qui faisait des Béninois, comme on le disait, « les Juifs errants de l’Afrique ». Ils étaient présents du Sénégal à la Côte d’Ivoire, du Niger au Congo.

Du reste, l’idéal des parents, le rêve des familles, s’énonçaient en termes de diplômes et de diplômés. Le diplôme était signe d’un prestige certain. Il ouvrait le chemin d’un emploi salarié, synonyme de sécurité. Ce qui avait valeur d’une assurance vie. Les Béninois vivaient du diplôme et pour le diplôme. Ils se jugeaient socialement, se jaugeaient humainement, au nombre et au poids de leurs diplômes.
Aussi le mythe du diplôme s’est-il solidement et durablement installé dans notre pays. Cela donne lieu parfois à des jeux de grands gamins entre nombre de nos grands lettrés, pour éviter d’utiliser le mot intellectuel. A diplôme égal, c’est le pays ou la faculté où le diplôme a été obtenu qui départage nos marathoniens du diplôme. D’où une guerre sans merci d’équivalence des diplômes.
Ce mythe du diplôme, en l’an de grâce 2011, a-t-il disparu de notre société ? Pas tout à fait. Disons qu’il s’est atténué. Il y a de plus en plus de Béninois qui n’ont pas de diplômes ou si peu. Mais ils tirent, chaque jour que Dieu fait et de la manière la plus honnête qui soit, les meilleures opportunités de la vie. De même, il y a des Béninois bardés de diplômes. Mais ils tirent le diable par la queue. Ils se comptent au nombre des membres de cette nouvelle race, celle des diplômés sans emploi.
Il reste, comme on le sait, que les mythes ont la vie dure. Ce qui explique tous les trafics nauséabonds qui sont mis au jour ces temps-ci. Une vraie archéologie. Elle révèle que nos administrations et nos entreprises sont un repaire de faux diplômés. Et les curriculum vitae qui rythment la marche de ces faussaires malfaisants, participent d’un bidonnage monstrueux. Le bidonnage est un terme du jargon journalistique. Il consiste, pour un journaliste, à truquer un reportage, une émission, en simulant des événements qui ne correspondent à aucune réalité. Mais à malin, malin et demi. Car finit par être pris, qui croyait prendre.
Dans la forêt dense des diplômes à problèmes, le faux a plusieurs visages. Il faut compter, en effet, avec les variantes, les variables, les variétés – et que savons-nous encore - du seul et même phénomène.
Il y a le faux diplôme. Aussi faux que de la fausse monnaie ou qu’un faux passeport. C’est le diplôme qui a frauduleusement une apparence conforme au vrai. Et il existe, pour le produire et pour le mettre à la disposition du tout venant, des officines super équipées. Bien fait, vite fait. Qu’il vous suffise de passer à la caisse.
Il y a le vrai diplôme qui a été obtenu dans les conditions peu catholiques. Un tel diplôme peut se négocier au travers des circuits bien déterminés, connus d’une poignée d’initiés. C’est le vrai marché aux diplômes. Un vendeur et un acheteur entrent en contact, souvent par la grâce d’un intermédiaire. Et la transaction se conclut sans laisser de trace. A la satisfaction des différentes parties engagées dans ce marché.
Il y a le vrai diplôme obtenu au prix d’un montage éhonté. Phénomène courant au niveau des mémoires et des thèses. Soit qu’on a recours aux services d’un « nègre », terme consacré pour désigner une personne qui écrit anonymement les ouvrages signés par un autre. Soit qu’on copie en le modifiant un peu un mémoire ancien, voire oublié.

Enfin, parmi les vrais faux diplômes, on ne saurait oublier le « Diplôme sexuellement transmissible » (DST). Il sanctionne un service rendu et tarifé comme tel, dans le cadre d’un système de troc ou d’échange marchandise. Ne dit-on pas que toute peine mérite salaire ?


Par Jérôme Carlos



22/09/2011
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