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L'harmattan béninois, de la fraîcheur sur les « démocraties » africaines

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En ces temps politiques troublés - de Constitutions malmenées en processus électoraux contestés -, le Bénin fait figure de lueur salvatrice dans le noir.

Ce drôle de pays est un véritable laboratoire de la démocratie, dont certains feraient bien de s’inspirer. Les présidents ne s’y incrustent pas au pouvoir, et le verdict des urnes n’y est jamais garanti à l’avance. Comment oublier, outre la surprise Patrice Talon et l’alternance qu’elle engage, le fécond débat télévisé entre ce dernier et Lionel Zinsou, son adversaire malheureux ? Comment ne pas saluer l’élégance et le sens des responsabilités de l’ancien Premier ministre, qui, très tôt, a su reconnaître sa défaite et apaiser les esprits ? C’est si rare sur notre continent…

La présidentielle béninoise est riche d’enseignements, au premier rang desquels l’irruption de nouveaux acteurs sur le devant de la scène politique. Venus des milieux économiques et financiers, les Zinsou, Talon, Ajavon, Bio Tchané et Koupaki ont, ensemble, recueilli plus de 90 % des suffrages au premier tour. Les trois premiers (plus de 76 % des votes) ne sont pas des politiques de profession.

Quel désaveu pour les formations traditionnelles ! Elles sont à bout de souffle et ne suscitent plus que la défiance des électeurs. Pour survivre, elles n’ont plus d’autre choix que de se réinventer de fond en comble et de laisser émerger de nouvelles têtes en leur sein. Cette immixtion du secteur privé dans le marigot politicien inquiète certains (lire l’interview d’Achille Mbembe dans le n° 2881 de JA pp. 30-35). À tort. La principale crainte qu’inspirent les nouveaux venus, c’est la hantise de l’argent roi, celui qui achète les consciences et les bulletins de vote. Et qui permet de s’affranchir des règles et des lois afin de s’enrichir un peu plus. Comme si les « vrais » politiques, notamment au pouvoir, étaient forcément intègres et vertueux ! Comme s’ils avaient coutume de se pincer le nez devant une liasse de francs CFA ! On rêve !

Les représentants de la nouvelle vague politique viennent d’un autre univers, celui du business, qui, par définition et par nécessité, est plus proche du terrain et de la réalité.

Les cassandres n’oublient qu’une chose : les représentants de la nouvelle vague politique viennent d’un autre univers, celui du business, qui, par définition et par nécessité, est plus proche du terrain et de la réalité. Ils incarnent la fraîcheur et le dynamisme face à l’inertie et aux idées rances. Bref, une autre manière de gouverner. Qui s’en plaindra ? Dans le passé, les Béninois ont prouvé que, quand il le faut, ils savent se montrer vigilants quant à la tenue des promesses…

Sur le fond, l’échec de Zinsou est assurément regrettable. Un tel cerveau aurait à l’évidence fait du bien au Bénin. Mais il montre aussi qu’en politique, ici comme ailleurs, il y a des préalables à respecter. Pour briguer la présidence, il faut s’y préparer de longue date et s’en donner les moyens, labourer le terrain – avec ou sans boubou – sans relâche et, surtout, faire preuve de cohérence. Prétendre incarner la rupture en étant porté à bout de bras par Thomas Boni Yayi ne pouvait qu’aboutir à une défaite, même si celle-ci est en l’occurrence honorable. Gageons que l’aventure politique de Zinsou n’est pas terminée pour autant. Et donnons-lui, pourquoi pas, rendez-vous dans cinq ans.

L’harmattan béninois apporte un peu de fraîcheur à nos « démocraties » africaines

Sans Boni Yayi, Talon n’aurait jamais accédé au sommet de l’État. Au départ réticent, l’homme d’affaires ne s’est résolu à se lancer dans la course que tardivement, sur les conseils d’un ami – qui n’est pas de nationalité béninoise. À sa conviction que le système Yayi avait plongé le pays dans le marasme et qu’il fallait donc l’en sortir se sont peu à peu ajoutées des considérations plus personnelles : les poursuites judiciaires dont il a fait l’objet, l’exil auquel il a été contraint, le blocage de ses comptes bancaires, l’absurde accusation portée contre lui d’avoir voulu empoisonner le chef de l’État… Comme Abdoulaye Wade avec Macky Sall au Sénégal, l’obsession de Yayi d’en découdre avec un ancien proche a transformé ce dernier en ennemi acharné puis en concurrent redoutable.

Vent sec chargé de sable et de poussière, l’harmattan béninois apporte un peu de fraîcheur à nos « démocraties » africaines et enraie les vieilles mécaniques politiciennes. Après son passage vient généralement la grande saison des pluies, qui lave et régénère. Puisse-t-il dépasser les frontières de l’ex-Dahomey !

 

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Par Marwane Ben Yahmed,

Directeur de publication de Jeune Afrique.

 

 

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31/03/2016
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